

Écrit par African Hip Hop Task Force
Jeudi, 26 Février 2009 12:06
Source: Top Visages
MC CLAVER
“Sans lui, je serais déjà mort”
Jusqu’au début des années 2000, il s’appelait encore MC Claver. Et officiait à Fréquence 2. Le rap, c’était son dada . Mais depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Après une formation à la Mission Evangélique Grâce de Vie du Bishop Guy-Vincent Kodja, MC Claver est devenu depuis 2004 Pasteur, ministre du Christ. Il prêche la bonne parole au Burkina, son pays natal. Où il possède aussi une radio. Radio Jam Ouaga. Nous l’avons rencontré.
• MC a donc laissé tomber définitivement le micro de l’animation…
- Non ! Ce n’est pas fini. C’est mon métier. La preuve, c’est que je suis le PDG de Radio JAM Ouaga 92.4. Et cette radio est en passe de devenir la première FM au Burkina Faso. En moins de six mois, nous nous sommes hissés parmi les trois meilleures radios de la capitale et la meilleure radio auprès des jeunes. C’est une radio leader, qui va former des leaders, c’est la rado numéro 1 sur la culture hip-hop. Ça, je le dis sans sourciller, que celui qui doute me défie et je sais relever les défis. Ce n’est pas de l’orgueil ni de la prétention, c’est juste que j’ai cette assurance et Dieu m’a donné ce don. Depuis Abidjan, j’ai commencé Zone Rap sur Fréquence 2. Elle n’a jamais été égalée par aucune autre émission en matière de hip-hop.
• Jam Ouaga et Jam Abidjan. Y a un lien, ce n’est quand même pas fortuit, non ?
- Oui, il y a un lien très fort. C’est pour en même temps remercier le boss François Konian. Parce qu’il est un modèle pour toute une jeunesse. C’est un monsieur avant-gardiste. Quand on regarde son parcours, on se rend compte qu’il a ouvert beaucoup de voies. Producteur de musiques et de grands noms de la chanson africaine, proprétaire de maison de disques et aujourd’hui dans le monde de la radio, il s’est hissé haut. C’est une reconnaissance normale du talent de ce grand monsieur. Heureusement, il n’a pas trouvé d’inconvénients à ce que je prenne ce nom pour ma radio.
• Rendre hommage à François Konian oui mais, d’aucuns pourraient dire que c’est une solution de faci-lité. Jam Abidjan marche alors Jam Ouaga va forcément marcher…
- Ouais, on peut le penser. Mais j’aurais pu me casser la figure. Ce n’était pas une garantie de réussite. Mais le plus important pour une radio, c’est le programme. Parce qu’une radio ce n’est pas le nom, enore moins les millions que tu peux avoir. C’est le programme qui captive le public.
• Alors, quel est le programme de Jam Ouaga et en quoi il se démarque de Jam Abidjan et des autres radios ?
- La différence, c’est que nous, nous sommes beaucoup plus américanisés. C’est une radio style hip-hop et style Dj. C’est-à-dire que quand tu écoutes Jam Ouaga, tu as l’impression d’être soit au maquis, soit en boîte de nuit. On enchaîne les morceaux. Le mixage est fluide comme dans un night club… Nooonn ! venez découvrir Jam Ouaga. Il y a des tranches différentes. Le hip-hop est en grand, mais il y a du rnb, la soul, le funk, le reggae, le ragga, le dance hall, le rap, la jungle, la techno…
En fait, on parle de Jam Ouaga, mais au départ, c’était Radio Pulsar.
- Oui, radio Jam Ouaga est venue pour apporter un dénouement à la crise au sein de Pulsar, entre mes associés et moi. Puisque je suis encore actionnaire à Pulsar. Aujourd’hui, avec mes associés, nous sommes au stade de nous asseoir pour régler nos différents à l’amiable. Sur le plan administratif, le Conseil supérieur de la communication a réglé l’affaire en octroyant à ma société de communication (MC Communication) une autre fréquence sur laquelle émet Jam Ouaga. Il ne reste plus que le plan juridique pour déterminer les torts et de prendre une décision qui rétablisse chacun dans ses droits.
• Une radio commerciale, c’est du business. Est-ce que ta vie de pasteur est compatible avec le business ?
- Tout a fait. La bible dit que «celui qui ne travaille ne mange pas».
• Alors, il faut que le pasteur mange…
- Il faut que le pasteur mange. Le travail permettra au pasteur d’avoir un peu plus, de sorte qu’il pourra contribuer à aider les autres. Aujourd’hui, l’argent est le centre de toute chose. Pour organiser des campagnes d’évangélisation, la salle, on ne va pas te la donner cadeau. Il faut donc payer. Le matériel de sonorisation, il faut le prendre en location. Les spots télé, il faut les payer… Cela demande donc des fonds et qui va vous les donner ? Si un pasteur travaille et que Dieu le bénit, cet argent, il peut l’utiliser pour le travail de Dieu et bien vivre. Moi, je ne suis pas pour les pasteurs qui veulent vivre de façon misérable et qui vont mendier.
• On pense qu’un homme de Dieu, c’est plus la richesse spirituelle que matérielle…
- C’est ce que les gens disent mais, c’est erroné. Parce que Jésus dit : «Je suis venu afin que me brebis soient dans l’abondance et aient la vie éternelle.» C’est quoi alors être dans l’anbondance ? Si tu n’as pas de quoi manger, de quoi te vêtir… De quelle abondance on parle ? Jésus dit encore : «Je veux que tu prospères à tous égards et que tu sois en bonne santé comme prospère l’état de ton âme.» L’état de ton âme, c’est le spirituel. Donc la volonté de Dieu est que spi-rituellement, tu sois prospère et que physiquement et matériellement tu sois béni. C’est la volonté de Dieu, les deux vont de pair. Les rois David, Salomon dont parle la bible étaient riches. Aujourd’hui, les hommes de Dieu les plus renommés sont ceux qui sont puissants financièrement. Parce que cela leur permet de voyager pour des campagnes d’évangélisation pour gagner des âmes.
• On ne doit donc pas être étonnés de voir le pasteur MC dans l’opulence ?
- Non. Il ne le faut pas ! Si j’ai les moyens, il ne faut pas en être étonné. Simplement, il faut savoir que l’argent ne peut pas venir avant Dieu. Moi, mon Jésus, il est avant toute chose. Parce qu’il ne faut pas tomber dans la cupidité. Aimer l’argent plus que tout est un péché. Si Dieu te bénit, pense et donne aux pauvres, aux orphelins, aux bonnes œuvres. Sème dans la vie des autres, aide les autres, c’est ainsi que Dieu te bénira davantage.
• Mais un homme de Dieu dans l’opulence, ça choque…
- Ça ne devrait pas choquer. Parce que c’est ce qui est normal. Les gens confondent certainement pauvreté et humilité. On peut être riche et humble. Mais la pauvreté est une malédiction, parce qu’en nous créant, Dieu nous a donné le pouvoir de dominer toute chose. Aujourd’hui, chaque enfant de Dieu peut rentrer dans ses bénédictions s’il sait comment fonctionner avec son Dieu. Aujourd’hui, nous avons besoin que la pauvreté soit éradiquée. Mais qui peut le faire ? C’est Jésus qui peut nous aider à sortir de cette pauvreté non seulement mentale mais physique. Ne soyez pas choqués. Aujourd’hui, les pasteurs les plus célèbres sont les pasteurs les plus riches. Et ils font du bon travail pour le royaume. Un homme de Dieu doit être un tuyau d’arrosage. Dieu te donne l’argent, ne le retiens pas, fais son travail, son œuvre. C’est pour le peuple. Mais a-t-on vu un tuyau d’arrosage sec ? Est-ce que les pieds du jardinier ne sont pas mouillés ? C’est comme ça avec Dieu.
• De simple fidèle, tu es aujourd’hui serviteur de Dieu. Tu te sens bien là où tu es ?
- Tout à fait. Pour moi, c’est comme une renaissance. Ce sont deux mondes différents. A l’époque, j’étais dans la nuit, l’acool, les femmes. Aujourd’hui, je me suis marié, j’ai un gosse avec mon épouse. Mais j’ai eu un enfant avant qui vit à Paris avec maman. L’évangile transforme aujourd’hui des vies… Si je n’avais pas été appelé pour être serviteur de Dieu, je pense que je serais mort depuis longtemps. Un grave accident de la circulation en Italie, un cancer, dix ans après, je m’en suis sorti. Partout, il y a eu la main de Dieu. C’est dire qu’il me prédestinait à quelque chose de grand et de glorieux : le servir. En plus, il m’a donné des armes pour, c’est la communication dans laquelle il m’a formé. Dieu m’a donné une nouvelle vie et en même temps me donne la force d’aider des jeunes frères qui m’ont aimé, qui m’ont suivi dans ce mouvement du hip-hop. Je suis fier et heureux de servir notre Seigneur Jésus.
• Comment on t’appelle désormais ?
- Maintenant, en tant que serviteur de l’Eternel, je suis désormais Ministre du Christ Claver. Je garde donc les initiales mais qui ont désormais une autre dénomination. On dit dans la Parole : «Je t’envoie comme ambassadeur, comme ministre». C’est pour cette raison que j’ai gardé « MC » qui est désormais Ministre du Christ. Affectueusement, on m’appelle papa MC Claver ou pasteur MC… Ça ne me vexe pas que l’appelation MC reste parce qu’elle a une connotation spirituelle maintenant.
• Tu es retourné à Ouaga pour installer ton temple, semble-t-il…
- Installer mon Eglise, c’est un peu fort. Avant de repartir en 2004, Dieu m’a parlé et il m’a dit qu’à un certain moment de mon ministère, je devrais rentrer au Burkina pour exercer. Et c’est le même Dieu qui dit : «Va retourne dans ton pays et va dire aux tiens ce que moi, Dieu, j’ai fait pour toi». Et cet appel était très fort. J’ai prié pendant de longs mois parce que ce n’était pas facile pour moi de me lever un jour, donner ma démission à Fréquence 2, quitter mon papa, (Bishop Kodja) lui qui m’a tout enseigné. J’ai aussi de la famille ici… Ç’a été difficile. Mais ou on fait la volonté des hommes ou la volonté de Dieu. Donc j’ai accepté de faire la volonté de Dieu et je suis parti. Là-bas, Dieu a commencé à me montrer ce que je pourrais apporter à cette jeunesse de mon pays.
• Après 25 ans, tu reviens comme pasteur. Un fils de président, animateur de radio, qui revient comme serviteur de Dieu. Comment les gens t’on regardé ?
- Ils étaient très surpris ! Ma famille n’en croyait pas ses yeux. Même déjà ici, ils n’en revenaient pas. Certains m’ont demandé s’il n’y avait pas un deal en dessous, si j’étais un vrai pasteur… Mais aujourd’hui, trois ans après, ils sont en train de comprendre que mon affaire est sérieuse. En clair, je vis ce que je prêche ou prêche ce que je vis. Heureusement aussi les fils de présidents peuvent être sauvés. Parce que ce n’est pas évident quand on est dans l’opulence. Tant que vous n’avez pas un problème…
• Est-ce parce que MC Claver avait des problèmes qu’il s’est retrouvé à l’église ?
- Oui mais, mes problèmes étaient politiques et liés au coup d’Etat de 1999. La junte a expulsé ma famille (les Yaméogo) de la maison que l’Etat avait mise à notre disposition. Je me suis retrouvé à la rue avec les miens. Mais ce n’est pas nécessaire qu’on revienne là-dessus.
• Tu as une église à Ouaga ?
- Pour mon église, il n’y a pas longtemps que nous avons commencé à bâtir. J’avais un terrain à Ouaga et ce n’est que le 15 octobre dernier que ma congrégation a posé la première pierre de notre église. Et aujourd’hui, après trois mois, les murs sont montés, la toiture a été posée. Nous sommes donc à la phase de finition. J’estime que nous avons fait plus de 60% du travail. Quand tu fais des choses pour le Seigneur, Il est là pour t’accompagner. C’est un temple de 300 places… juste pour commencer. Mais j’ai foi qu’on ira de l’avant.
• Et quel va être son nom ?
- C’est mon ministère, j’ai gardé le nom MC C. C’est le «Ministère MC C». C’est le ministère du ministre du Christ Claver. Le plus important, ce n’est pas le nom, mais l’œvre qu’on fait pour le Seigneur Jésus. C’est de former des personnes qui puissent aller gagner des âmes.
Par Eric Cossa et Claude Kipré